Cartographier l’invisible : Quand nos Lycéens et Ingénieurs mesurent l’air de Koumassi

À l’Université d’Eastbay, nous avons toujours cru que les défis les plus complexes se trouvent juste à notre porte, ici à Koumassi. L’un de ces défis, souvent invisible mais omniprésent, est la qualité de l’air urbain. Les modèles mondiaux nous donnent une vague idée de la pollution à Abidjan, mais que respirons-nous vraiment au niveau de la rue, dans les corridors de circulation denses ou près des lagunes ?

Pour y répondre, un projet académique unique vient de livrer ses premières conclusions, incarnant parfaitement notre philosophie du “continuum K-12/Université”. Nom de code : “Koumassi-Respire”.

Cette initiative n’est pas un projet de recherche ordinaire. Elle est le fruit d’une collaboration directe et inédite entre nos élèves les plus brillants du Lycée d’Excellence et nos étudiants-ingénieurs du cycle supérieur.

Tout a commencé il y a six mois, lorsque les professeurs du Pôle Ingénierie et Sciences Appliquées, notamment le Dr. Sylvie Aka (spécialiste de l’urbanisme), ont lancé un défi à nos élèves de Terminale (Séries C et E). L’objectif : construire et déployer un réseau “low-cost” de micro-capteurs de qualité de l’air.

Plutôt que de se limiter à des simulations en laboratoire pour préparer le Baccalauréat, nos lycéens, encadrés par leurs aînés en Licence de Génie Civil, ont assemblé une trentaine de capteurs. Ces petits boîtiers, conçus pour mesurer les particules fines (PM2.5) et le dioxyde d’azote (NO2), ont ensuite été placés de manière stratégique : aux abords de notre campus, sur les balcons des appartements des élèves volontaires, et près des carrefours majeurs de Koumassi.

C’était la première étape : la collecte de données brutes, une forme de science citoyenne guidée par la rigueur académique.

La seconde étape, et la plus cruciale, a été l’analyse. C’est là que la puissance de notre modèle intégré entre en jeu. Les millions de points de données collectés par les lycéens ont été transmis non pas à un serveur distant, mais directement à nos étudiants de Licence 3 en Génie Civil.

Sous la supervision du Dr. Aka et en collaboration avec des étudiants du pôle Informatique (utilisant les leçons apprises de nos précédents projets de cartographie), ils ont commencé à traiter ces données. Le travail ne consistait pas seulement à faire des moyennes. Ils ont superposé ces données de pollution à des cartes de densité de trafic (issues de nos travaux antérieurs sur la mobilité) et à la morphologie urbaine de Koumassi (rues “canyons”, zones de ventilation près de la lagune).

Les résultats, présentés ce mois-ci lors d’un séminaire de notre Observatoire de l’Urbain (OUNE), sont fascinants. “Koumassi-Respire” a révélé des “îlots” de pollution PM2.5 qui ne correspondent pas aux cartes satellites. Ils ont identifié des pics de NO2 non pas seulement sur les grands axes, mais de manière persistante dans des rues résidentielles étroites utilisées comme raccourcis par les “Woro-Woro”.

Pour nos étudiants en Génie Civil, c’est une révélation. Ils ne travaillent plus sur des cas d’école abstraits ; ils analysent l’impact direct de l’urbanisme sur la santé publique de leur propre quartier.

Mais l’impact le plus profond est peut-être pour nos lycéens. Ces élèves de Série C, qui préparent des concours d’ingénieurs, ont vu leur travail de sciences physiques devenir un outil de diagnostic urbain. Ils n’ont pas seulement appris la théorie des capteurs ; ils ont compris pourquoi on mesure, et la responsabilité qui accompagne la production de données.

Ce projet n’est pas parfait. Notre réseau de capteurs n’a pas la densité d’un réseau professionnel londonien ou parisien. Mais il est agile, il est pertinent, et il est le nôtre. “Koumassi-Respire” est la preuve vivante que l’Université d’Eastbay ne forme pas seulement des diplômés. Elle forme des citoyens-ingénieurs et des scientifiques conscients, capables d’observer, de mesurer et d’agir sur leur environnement immédiat.


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