L’Université d’Eastbay a, ces dernières années, consacré une part importante de son expertise en analyse de données à déchiffrer les complexités de notre métropole. De notre campus de Koumassi, nous avons cartographié les flux de transport informel (le projet “Yassa-Bus”), analysé la qualité de l’air (“Koumassi-Respire”) et modélisé les dynamiques de l’économie de détail (“Agora-Koumassi”). Nous sommes devenus, il faut le reconnaître, des experts du “dernier kilomètre” logistique.
Cependant, en ce mois d’octobre 2025, nous admettons une imperfection stratégique dans notre approche. En nous concentrant sur les artères et les capillaires de la ville (ses rues et ses marchés), nous avons négligé le cœur battant qui alimente l’ensemble de l’organisme : le Port Autonome d’Abidjan (PAA).
L’efficacité d’Abidjan en tant que hub de l’Afrique de l’Ouest ne se décide pas seulement dans les embouteillages de Yopougon, mais aussi dans le temps d’attente d’un conteneur sur les quais de Vridi.
C’est pourquoi l’Université d’Eastbay annonce aujourd’hui le lancement d’une initiative de recherche majeure : le “Projet Terminal 4.0”. Ce projet ne vise pas à construire de nouvelles infrastructures, mais à optimiser celles qui existent en créant leur “Jumeau Numérique” (Digital Twin) logistique.
Cette initiative est une collaboration intensive entre notre Pôle Informatique (MSc Data Science) et notre Pôle Commerce (MSc International Business), qui s’appuie sur l’expertise reconnue du Dr. Kenza Benjelloun en logistique portuaire.
Le Défi : Au-delà de l’Acier, les Données
Le Port d’Abidjan est une merveille d’ingénierie, mais comme tout système complexe, ses performances sont dictées par des goulots d’étranglement. Un camion qui attend six heures pour décharger, un conteneur mal positionné dans la pile, un décalage entre une inspection douanière et la disponibilité d’un transporteur… ce sont des frictions qui coûtent des millions.
Notre hypothèse est que ces frictions ne sont plus seulement des problèmes physiques ; ce sont des problèmes de données.
La Méthodologie : Fusionner le Commerce et le Code
Le “Projet Terminal 4.0” va donc se dérouler en deux phases parallèles.
- L’Analyse des Processus (Pôle Commerce) : Nos étudiants en MSc International Business, sous la direction du Dr. Benjelloun, ne vont pas rester sur le campus. Ils vont mener une cartographie détaillée des processus sur le terrain. Ils interrogeront les transitaires, les opérateurs de terminaux et les chauffeurs de poids lourds. Leur travail : identifier les “points de douleur” procéduraux. Où le flux d’information (le bon de sortie, le document douanier) se brise-t-il ? Combien de temps s’écoule réellement entre l’accostage du navire et le moment où le camion quitte le port ?
- La Modélisation des Flux (Pôle Informatique) : C’est là que la puissance de notre expertise en Data Science entre en jeu. Notre équipe ne se contentera pas de diagrammes de flux. Elle va construire un modèle de simulation dynamique. Pour ce faire, nos étudiants en MSc Data Science vont agréger des ensembles de données massifs et hétérogènes :
- Données AIS (Automatic Identification System) : Pour suivre les schémas d’arrivée et les temps d’attente en rade des navires.
- Données GPS anonymisées : Pour modéliser les flux de camions dans le corridor logistique menant au port.
- Données des terminaux : En partenariat (espéré) avec les opérateurs, pour analyser les cadences de chargement/déchargement et les temps de “stockage” des conteneurs (dwell time).
L’Objectif : Un “Bac à Sable” pour la Résilience
Le livrable final de ce projet ne sera pas un simple rapport. Ce sera un “Jumeau Numérique” opérationnel : un environnement de simulation où nous pourrons tester des scénarios avant qu’ils ne soient déployés dans le monde réel.
Que se passerait-il si nous modifions l’algorithme d’attribution des quais ? Quel serait l’impact d’une nouvelle procédure douanière numérisée sur le temps d’attente global ? Si nous ajoutons une voie d’accès dédiée aux camions frigorifiques, quel est le gain réel ?
Ce projet replace l’Université d’Eastbay dans son rôle fondamental. Après avoir maîtrisé la complexité de l’économie hyper-locale de Koumassi, nous appliquons la même rigueur analytique à l’infrastructure la plus critique de notre économie nationale. Nous ne construisons pas le port ; nous fournissons les outils pour le rendre plus intelligent.
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